Où donc est tombée ma jeunesse... à la Comédie de PicardieOù donc est tombée ma jeunesse... à la Comédie de Picardie

Où donc est tombée ma jeunesse..., le spectacle franco-anglais mis en scène par Jean-Luc Revol à partir de l'anthologie de Jacques Béal, Les poètes de la Grande Guerre (Ed. Cherche-Midi), est joué sur la scène de la Comédie de Picardie à Amiens jusqu'au 19 novembre 2014, avant de partir en tournée.

Nicolas Auvray, directeur du théâtre, est à l'origine du projet qui donne une nouvelle vie à l'ouvrage de l'écrivain et journaliste picard paru en 1992, alors premier livre consacré aux poètes de la guerre dont on célèbre le centenaire (voir ICI l'article sur ma rencontre avec Jacques Béal à Albert).

Où donc est tombée ma jeunesse... à la Comédie de PicardieOù donc est tombée ma jeunesse... à la Comédie de Picardie

Une petite vingtaine de poèmes de l'anthologie ont été retenus pour le spectacle. Les textes d'écrivains célèbres (Poème pour la paix de Paul Éluard, La Douche de Jean Cocteau, Les ruches brûlées d'Edmond Rostand...) s'y mêlent à ceux - non moins poignants - d'auteurs peu connus ou oubliés (L'instinct de Lucien Linais, Ballade de Florentin Prunier de Georges Duhamel, Les gaz de Maurice Gauchez...).

L'acteur Tchéky Karyo, longue veste sombre et écharpe rouge en main, donne chair et voix aux poèmes de ces combattants tantôt brisés par la souffrance, tantôt mus par le souvenir des êtres chers ou l'espoir d'un retour incertain.

"Plaignez mon triste sort. Nul ne dira sur moi : « Paix à ses cendres ! » Je suis mort Dans l'oubli désolé d'un combat de décembre." (Ballade à tibias rompus de René Dalize)

"Ma pensée te rejoint et la tienne la croise Tes seins sont les seuls obus que j'aime Ton souvenir est la lanterne de repérage qui nous sert à pointer la nuit" (Fusée de Guillaume Apollinaire)

Où donc est tombée ma jeunesse... à la Comédie de PicardieOù donc est tombée ma jeunesse... à la Comédie de Picardie

La musique, langage aussi universel que le fut la Grande Guerre, tient une place essentielle dans le spectacle. En alternance avec le récital bouleversant de Tchéky Karyo, le ténor Edmund Hastings, accompagné au piano par Edward Liddall et au violon par Michael Foyle, interprète en anglais des chansons populaires de l'époque. Vêtu d'un uniforme bleu horizon, il incarne de sa voix puissante la mélancolie de soldats souvent homesick, tiraillés par le mal du pays...

"Roses are shining in Picardy, in the hush of the silver dew, Roses are flowering in Picardy, but there's never a rose like you ! And the roses will die with the summertime, and our roads may be far apart, But there's one rose that dies not in Picardy ! 'tis the rose that I keep in my heart !" (Roses of Picardy)

Où donc est tombée ma jeunesse... à la Comédie de PicardieOù donc est tombée ma jeunesse... à la Comédie de Picardie

En toile de fond, un paysage désolé se déploie sobrement : ciel enfumé et ligne de crête hérissée de barbelés... comme vus du fond de la tranchée. Il faut rendre hommage au travail de Bertrand Couderc sur la lumière ; il sert admirablement les émotions véhiculées par les textes et la musique.

"Où donc est tombée ma jeunesse..." (phrase d'Apollinaire), mis en scène avec élégance par Jean-Luc Revol, illustre le constat désabusé et douloureux qu'ont dû partager des centaines de milliers de soldats dès 1914, et pour lesquels cent ans plus tard, on ne peut que ressentir beaucoup de tristesse et d'admiration.

Tiré d'un livre de poèmes-témoignages (réédité), le spectacle illustre également toute la portée que les écrits peuvent avoir. Si l'on se souvient en outre, que la Comédie de Picardie fut un restaurant (Les Grands Salons Godbert) où se réunissaient les officiers anglais pendant la Grande Guerre, l'aspect symbolique de ce travail mémoriel est encore plus saisissant.

"Souffrir ! vivre ! crier qu'ils ne vous auront pas, Que c'est fini, qu'on va s'endormir à l'arrière, Qu'on aura tout l'amour et les mains de sa mère, Qu'on saigne par sa chair, qu'on n'est pas abattu, Qu'on pourra se venger et qu'on s'est bien battu !" (Vivre ! de Paul Verlet)

 

 

 

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