Les Cahiers dessinés : hymne à l'autre langageLes Cahiers dessinés : hymne à l'autre langage

Frédéric Pajak, dessinateur et écrivain, lauréat du Prix Médicis 2014 pour son essai Manifeste incertain T3 (Ed. Noir Sur Blanc), a crée en 2002 Les Cahiers dessinés, une maison d'édition chez Buchet-Chastel, dont les ouvrages proposent "des dessins, sans restrictions de genre, des dessins drôles ou mélancoliques, des dessins de grands voyages ou d’introspection, des dessins de peintres, d’écrivains, de cinéastes ou d’inconnus, des dessins d’ici et d’ailleurs, d’avant et d’après."

 

Le catalogue de l'éditeur comprend à la fois des beaux-livres consacrés à des dessinateurs aussi divers que Roland Topor, Mix & Remix, Siné, Micaël, Noyau..., quelques livres d'art et une revue annuelle intitulée logiquement Le Cahier dessiné. Paru en février 2015, le numéro 10 de cette revue constituait également le catalogue de l'exposition remarquable qui s'est tenue du 21 janvier au 14 août 2015 à la Halle Saint Pierre de Paris (18e).

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Ce musée singulier dédié notamment à l'art brut, au pied de la Butte Montmartre, abrite à la fois une galerie, une librairie, un auditorium et un café. Près de 700 oeuvres de 67 artistes y étaient ainsi présentées : "l'occasion d'offrir un panorama du dessin, une sorte d' « état des lieux » : dessins d'aujourd'hui et d'hier, dessins d'artistes, dessins d'humoristes, dessins célèbres, dessins d'autodidactes, dessins d'inconnus".

 

De Reiser à Félix Vallotton, en passant par Victor Hugo, Saul Steinberg ou Pierre Alechinsky, la "vue d'ensemble" exceptionnelle proposée par cette exposition rendait un bel hommage à un art trop souvent dédaigné.

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Dans Le Cahier dessiné N°10, Frédéric Pajak s'insurge : "Curieux langage que le dessin, qui précède de peu la parole conforme au vocabulaire, et que l'école broie au profit de l'alphabet et de l'arithmétique. C'est une bête dévastatrice qui commande à l'enseignement de négliger ce langage, en le reléguant très vite en tant que cours facultatif."

 

Des origines à nos jours, le dessin a traversé toutes les civilisations. Ses besoins sont réduits et  ses possibilités infinies en matière de langage. Il tend d'ailleurs à se substituer aux mots lorsque la violence d'une réalité (intime, sociale...) rend les mots introuvables. Les attentats de Charlie Hebdo ont rappelé qu'il était aussi l'expression d'une liberté de penser (et de moquer) fortement menacée.

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Dans la rubrique "Des écrivains parlent du dessin" en introduction du livre, sept auteurs de littérature ont accepté de répondre aux questions des Cahiers dessinés. Éric Chevillard y note "que le jugement artistique a évolué, et que le geste artistique lui-même a pu s'affranchir du savoir-faire ou même s'en débarrasser. Privilège du dessin, car il y a peu de musiciens instinctifs et un écrivain analphabète est une contradiction dans les termes."

 

Le catalogue de l'exposition reproduit plus de 500 dessins classés par auteur. Une courte présentation du parcours et de l'oeuvre de chacun apporte un éclairage passionnant à l'ensemble. D'un regard à l'autre, d'un style à l'autre, des passerelles se créent entre les époques et les dessinateurs. L'éditeur Frédéric Pajak a entrepris de (re)donner au dessin ses lettres de noblesse ; il le fait de manière pertinente et avec élégance.

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"Le dessin peut tout dire. Et il n'a pas dit son dernier mot. Il lui reste à inventer toujours davantage."
(Frédéric Pajak, Le Cahier dessiné N°10)
Tag(s) : #Coups de coeur et curiosités

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