Retour sur le 29e Salon du Livre et de la BD de Creil : "Une idée du bonheur"

Le 29e Salon du livre et de la BD de Creil (60) organisé par La Ville aux Livres, s'est déroulé les 21 et 22 novembre 2015 à la Faïencerie. Après les tragiques attentats du 13 novembre, toutes les animations à destination des scolaires, prévues durant la semaine, ont dû être annulées. Un coup dur qui n'a pas empêché le succès de cette édition placée sous un thème hautement symbolique en ces circonstances : "Une idée du bonheur".

Pédiatre pendant quarante ans et auteur de nombreux ouvrages de référence, Aldo Naouri était l'invité d'honneur du salon. L'artiste Miss Tic, plasticienne et poète de renommée internationale, en était la marraine. L'une de ses oeuvres, une fresque monumentale, a été inaugurée à cette occasion sur le mur de la médiathèque. Une exposition remarquable retraçant ses trente années de création, de verve, d'humour... était également au programme.

 

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Le salon de Creil est un lieu important de débat et d'expression des idées, en lien étroit avec les préoccupations de notre société contemporaine. Il est possible grâce à l'implication de Sylviane Léonetti, directrice du Comité Organisateur de la Ville aux Livres (COVAL) et à son équipe. Cette manifestation (et d'autres organisées toute l'année) mettent à l'honneur des artistes, philosophes, médecins, sociologues, journalistes... dont il est utile d'entendre la voix. Ils sont spécialistes des questions qu'ils abordent, leurs écrits éclairent notre vie présente et interrogent sur le monde que nous voulons construire.

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Le support de ces réflexions ? Le livre, évidemment. Toujours à même de proposer des analyses solides et fouillées, alternatives nécessaires à l'information "à chaud" dont nous sommes abreuvés continuellement. Les écrits restent, leur gestation longue implique un recul et une mise en perspective des choses tout à fait salutaires.

Comme chaque année, la parole était donc aux auteurs à travers une programmation riche et variée. Parmi les débats très suivis par le public, un "Plaidoyer pour la fraternité" animé par Philippe Lacoche, avec Abdennour Bidar, Docteur en Philosophie chargé de mission sur la pédagogie de la laïcité au Ministère de l'Éducation nationale, et Jean Mouttapa, directeur du département Spiritualités aux éditions Albin Michel. Un moment de dialogue passionnant, cultivé, autour des religions et de leur place au sein de notre république laïque.


Plaidoyer pour la fraternité

Au cours du week-end, j'ai eu le plaisir d'animer une table ronde intitulée "Parentalité-Éducation"
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Avec Gisèle Harrus-Révidi, psychanalyste, Directeur de Recherches à l'Université Paris VII et auteur de Parents immatures – Enfants adultes (Ed. Payot) et Ne bouge pas, tu vas tomber ! Réussir malgré ses parents (Ed. Payot, 2015), Aldo Naouri, pédiatre auteur de Éduquer ses enfants – L'urgence aujourd'hui (Ed. Odile Jacob) et L'enfant bien portant - Les fondamentaux (Ed. Odile Jacob), et Didier Pleux, Docteur en psychologie du développement, psychologue clinicien et psychothérapeute qui a publié Les 10 commandements du bon sens éducatif (Ed. Odile Jacob).

Lors de nos échanges, les trois spécialistes ont fait le même constat sur l'évolution de la place de l'enfant au sein de la société et de la famille. Aldo Naouri déplore ainsi que celui-ci "ait été hissé à tort au sommet de l'édifice familial" et que la confusion règne souvent entre éducation et séduction. Il dénonce ainsi une "infantolâtrie" encouragée par notre société de consommation et ses messages marketing.

Didier Pleux souligne à propos des enfants vus en consultation que "neuf fois sur dix, ils souffrent de dysfonctionnements qui résultent d'une carence éducative et non d'une carence « affective »." C'est l'autorité parentale qui fait le plus souvent défaut. "L'enfant ne peut, selon moi, avoir les mêmes droits que ses parents, il ne peut que subir plus d'obligations qu'eux en raison de sa position de petit apprenti de la vie." Pour autant, comme Aldo Naouri, il s'oppose fermement à toute forme de châtiment physique, y compris à la fessée : "nous devons la dénoncer comme un passage à l'acte violent, issu de la colère parentale, et qui, au final, ne donne aucun résultat probant."

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Gisèle Harrus-Révidi a consacré un livre à un phénomène que la psychanalyse explore peu et qui concerne toutes les classes sociales, celui de l'adulte/parent immature et de son corollaire, l'enfant-adulte ou hypermature, victime non pas de maltraitance physique mais d'un "matraquage traumatique quotidien". Selon elle, "notre époque favorise ce mode d'être en véhiculant massivement un système de valeurs qui privilégie le ludique plutôt que la prise en charge de soi-même, l'aide plutôt que la capacité d'autonomie."

Une fois parvenus à l'âge adulte, si les enfants hypermatures se retrouvent dans son cabinet : "L'expérience clinique montre des colosses aux pieds d'argile, de grands désadaptés au sommet de l'échelle sociale, des difficultés affectives constantes qui tendent à tirer le sujet vers la solitude." 

Concernant le rôle de la mère, Aldo Naouri explique que celle-ci développe une capacité à communiquer avec son enfant, "un alphabet élémentaire" qui appartient au registre sensoriel bien avant le langage verbal. Sa mission est donc de "traduire", de décoder le monde extérieur pour son enfant et de servir d'intermédiaire entre lui et son père. Le pédiatre regrette que ce dernier soit parfois tenté de devenir une mère-bis : "ce père-là en est souvent arrivé à oublier qu'il a tout de même une partition à jouer, une partition qui lui est spécifique et qui est [...] absolument indispensable à la construction psychique de cet enfant."

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Didier Pleux propose dans son livre des conseils clairs pour réagir à des situations de la vie courante en évitant de céder à l'engrenage du stress. Il désapprouve la tendance des parents à "tout intellectualiser" et à jouer les apprentis psy avec leurs enfants au lieu de considérer simplement la réalité, sans y chercher de sens caché. Il les met en garde contre l'exagération des "cinq S" : surstimulation, surconsommation, survalorisation, surprotection, surcommunication.

Comment se construire correctement en dépit d'une enfance douloureuse ? Pour Gisèle Harrus-Révidi, "L'irréversible, heureusement, ne s'accomplit pas à chaque instant." Aldo Naouri souligne lui aussi que "tout peut toujours être rattrapé" et Didier Pleux réfute le principe selon lequel tout se jouerait avant 6 ans : "Qui a dit qu'un traumatisme précoce détruit à jamais la potientialité de l'enfant de bien se développer ?". Une conclusion rassurante pour ceux qui ont souffert dans leur enfance et pour les parents qui craignent de ne pas être à la hauteur de leur mission délicate.

L'équipe organisatrice du salon m'avait également confié l'animation d'une série d'entretiens avec les auteurs au sujet de leurs dernières parutions.
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Stéphanie Hochet a ainsi présenté Un roman anglais (Ed. Rivages), qui nous emmène dans la campagne anglaise en 1917. Anna Whig est l'épouse d'un horloger de Londres. Traductrice, elle a mis sa carrière entre parenthèses après la naissance de son fils Jack, 2 ans. Comme elle souhaite reprendre son activité, elle décide de recruter une jeune femme pour le garder chez eux.

Après la lecture de plusieurs lettres de candidature, son choix se porte sur George, qu'elle imagine être une femme. La surprise est de taille au moment de leur rencontre. George est un jeune homme de 23 ans, de classe moyenne qui "a l'air d'arriver d'un territoire mythique où les corps jouissent du simple fait d'exister intact". Une apparence de jeunesse et de santé plutôt rare en ces temps de guerre.

La maternité a profondément bouleversé Anna l'intellectuelle. Son accouchement difficile lui a fait prendre conscience d'une forme d'animalité qu'elle ne soupçonnait pas chez elle : "la matière première de l'existence est d'abord et avant tout un choc physique, c'est la terre qui vous cogne et vous percute". Malgré la barrière sociale qui les sépare, Anna éprouve auprès de George un sentiment d'exister inédit, et qui la déstabilise profondément : "Ce simple égard dont on m'a privée sans que je m'en indigne, sans que je le comprenne."

Un roman anglais, dont le style rappelle sciemment Virginia Woolf, n'est pas un livre sur la guerre, même si celle-ci modifie le quotidien des personnages. À propos des domestiques qui travaillent dans son cottage, Anna constate : "La guerre avait commencé à fendre la vitre entre eux et nous." L'auteur évoque les suffragettes qui militent pour les droits des femmes. Un ordre social nouveau est en train de surgir en Europe, en ce début de 20e siècle. Un nouvel ordre intime aussi, naît discrètement dans la maison des Whig.

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Avec L'incertitude de l'aube (Ed. Buchet-Chastel), Sophie Van Der Linden  nous ramène à cet événement terrible de l'année 2004 : la prise d'otages de Beslan en Ossétie du Nord, dans la Fédération de Russie. Des centaines de personnes y furent retenues prisonnières pendant 3 jours, dans le gymnase d'une école, par des terroristes séparatistes tchétchènes. Après un assaut sujet à caution, le bilan officiel faisait état de 344 civils tués, dont 186 enfants.

L'auteur choisit d'aborder la prise d'otages à travers le personnage d'Anushka, enfermée avec son amie Miléna, et la mère de celle-ci. Le lecteur est invité à entrer dans l'esprit de la petite fille qui devient l'unique point de vue par lequel on accède aux événements. Comme si la tragédie était enfin rendue à ceux qui l'ont vécue dans leur chair.

En Russie, le 1er septembre choisi par les terroristes est le "jour de la connaissance", une fête très populaire dans les écoles, que l'on célèbre en présence des parents. L'effet de contraste entre les réjouissances et le cauchemar terroriste accentue encore la portée du drame...

Anushka est séparée de son grand-père au moment de la prise d'otages mais il reste cependant une figure centrale du livre. C'est leur complicité qui aide l'enfant à tenir : "ta richesse, c'est ce que tu as dans la tête, tu comprends. Ce que tu as dans la tête, personne ne pourra te le voler. Tous tes souvenirs, ils sont à toi, pour toujours." La barbarie peut menacer l'intégrité physique d'un individu, mais son esprit peut lui échapper.

Sophie Van Der Linden, critique spécialiste de littérature jeunesse, convoque la littérature russe dans son ouvrage. Des poèmes, des contes jalonnent le texte : Agnia Barto, Le Petit Cheval bossu de Piotr Erchov. Dans sa détresse, Anushka mobilise aussi bien le réel que les ressources de son imaginaire : "Grand-Père, Maman, Petit Cheval bossu, les oiseaux de feu, venez, sauvez-moi !".

Peu à peu, taraudée par la faim, la soif, l'inconfort, elle perd contact avec la réalité. Le style très poétique de l'auteur souligne ce glissement progressif. L'incertitude de l'aube (Ed. Buchet-Chastel) est un livre poignant sur l'innocence massacrée par le terrorisme, et sur ce que la violence ne peut pas nous voler.

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Le psychiatre Christophe Massin, inspiré par la spiritualité indienne et en particulier par l'approche du Maître Swami Prajnanpad, était à Creil pour évoquer Souffrir ou aimer : transformer l'émotion (Ed. Odile Jacob). Ce livre consacré à la souffrance située en deçà de la pathologie psychiatrique, illustre l'articulation originale entre psychothérapie et spiritualité qu'il a mise au cœur de sa pratique professionnelle depuis trente ans.

Christophe Massin constate que la souffrance de ses patients est souvent liée à la mauvaise relation qu'ils entretiennent avec leurs émotions. "la souffrance naît de la négation de ce qui est […] On se débat à la fois contre l'exterieur et contre soi-même." Le premier remède pour s'en protéger est de ne pas refuser les émotions qui se présentent et d'être capable d'en exprimer toute la gamme, même si "chaque être humain a son propre nuancier d'émotions et tend à se cantonner dans un répertoire plus ou moins limité." 

Beaucoup de gens ont tendance à attribuer leurs problèmes au manque d'amour des autres, alors que ceux-ci proviennent souvent du désamour d'eux-mêmes. Une haine de soi qui - au-delà des dégâts psychiques qu'elle provoque - peut aussi atteindre le corps (maladies auto-immunes, cancers...). Alors que "le seul amour qui puisse nous accompagner durant toute notre vie d'adulte est celui que nous nous portons. Il nous préserve de la souffrance."

­"Rendre à l'émotion toute son ampleur est un cheminement qui se fait par étapes où l'on déconstruit les défenses qui l'entourent." C'est un processus long et difficile qui nécessite d'être accompagné, parfois de participer à des thérapies de groupe. Il n'est pas recommandable pour tous. Libérer des émotions refoulées, parfois depuis l'enfance, peut présenter un risque pour l'équilibre psychique d'un individu.

Dans son ouvrage, Christophe Massin a choisi de faire suivre au lecteur le  parcours de 2 patients : un homme et une femme surnommés Adam et Eve. Une démarche très concrète qui démontre que "la recherche spirituelle dans la tradition indienne se mêle d'aventure." Contrairement aux idées reçues, le processus de connaissance de soi passe par l'expérience et l'action, non par la méditation.

Le but ultime de ce cheminement est d'être conscient que dans la vie "L'agréable ne va pas sans le désagréable", d'accepter toute émotion, de la canaliser et d'être capable de la transformer en quelque chose de positif pour soi. "Autant il ne me revient pas de décider des imprévus de la vie, autant il m'appartient entièrement d'y mener ma barque avec autant de bonheur que possible."

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Le dernier roman de Patrice Juiff, Tous les hommes s'appellent Richard (Ed. Écritures), est une introspection. Richard, ancienne gloire du football est en prison pour avoir assassiné sa femme Cécile, de cinq balles à bout portant. Quinze ans plus tard, il fait le récit – à la première personne – de sa terrible dégringolade, et cherche à comprendre les raisons qui l'ont conduit à ce drame : "À quel moment les choses ont-elles commencé à déraper ?"

Quand sa carrière s'arrête à 36 ans, il ignore à quel point il est en danger. Il fait des efforts sincères pour s'adapter à sa nouvelle vie, travailler. "Mais voilà, comment apprend-on à devenir personne ?". L'homme "s'est éreinté à fabriquer une image de type parfait" qui ne correspond pas à la réalité, en particulier au sein du cercle familial. Incapable de trouver un sens au quotidien, il sombre peu à peu dans la dépression et l'alcool. "Évidemment, on s'est acharné sur moi comme on m'avait jadis porté au pinacle. On aime détruire ce qu'on a jadis idolâtré. Une sorte de revanche des faibles."

Richard a eu un père égocentrique, distant, hautain. "Ne pas le décevoir. Le seul carburant qui me permettait depuis le premier jour de me mettre en route le matin." N'ayant rien reçu de cet homme,  malgré ses attentes, il peine à son tour à donner aux autres, à ses enfants, à sa femme. Lorsqu'il perd son père, puis sa mère, Richard perd aussi toute possibilité de réparer les choses qui ont mal fonctionné. Cette prise de conscience achève de le briser.

Anti-héros par excellence, le personnage ne se cherche pas d'excuses, c'est cette transparence qui le sauve aux yeux du lecteur. Aussi atroce soit-il, le meurtre de sa femme est le point de rupture qui va lui permettre de cheminer psychologiquement. La littérature va l'aider à se reconstruire et à renouer avec sa fille. Le titre du livre donne à penser que chacun porte en lui une faille qui peut devenir un gouffre sans fond. Selon Patrice Juiff, personne n'est franchement à l'abri, et quand un homme tourne mal, il est bon de se souvenir aussi... de l'enfant qu'il a été.

 

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Philippe Lacoche, lauréat du Prix littéraire de la Ville de Creil pour son roman, Vingt-quatre heures pour convaincre une femme (Ed. Écriture) était à mes côtés pour évoquer une rupture amoureuse. Celle de Pierre, la cinquantaine, journaliste en Picardie, et de Géraldine dite Géa, une jeune chanteuse qui partageait sa vie depuis plusieurs années.

Le 20 décembre 2011, elle lui annonce qu'elle va le quitter pour un autre homme dont elle est éprise : "depuis quelque temps, j'ai l'impression que tu es comme un membre de la famille ; pas comme un amant". Le livre raconte les 24 heures au cours desquelles Pierre, sonné par la nouvelle, va tenter de la retenir.

L'histoire se construit au fil d'allers-retours entre présent et passé. Le plus cruel, dans les séparations, c'est la mémoire qui s'échine à produire les images d'un bonheur fâné. Pierre ne se reconnaît pas dans le précarité amoureuse d'aujourd'hui : "Je n'ai rien à voir avec cette société où les couples se séparent pour des broutilles, où les couples se séparent comme ils consomment : mal, vite, avec compulsion."

Au-delà de son désespoir, Pierre est aussi inquiet pour des raisons matérielles. Géa et lui ont se sont pacsés, ont acheté une maison qu'il va devoir rembourser seul. Il réalise, non sans une forme de dégoût, que ces considérations font aussi partie de l'amour.

Géa est une artiste née. Pierre est devenu son parolier. Il a mis à profit son réseau professionnel pour soutenir la carrière de la chanteuse. La réussite de la jeune femme est une préoccupation importante dans leur relation de couple.

Philippe Lacoche, lui-même journaliste de province et parolier, brosse un joli tableau du monde de la nuit, du spectacle, des bars qu'il affectionne. Même si la frontière entre fiction et réalité semble poreuse chez l'écrivain qui s'amuse à brouiller les pistes, Vingt-quatre heures pour convaincre une femme est bien un roman. Le roman d'un amour qui s'éteint.

"Bonheur de lire et d'écrire" était le thème de ma rencontre avec Danièle Sallenave, de l'Académie française.
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Nous avons évoqué ensemble Nous, on n'aime pas lire (Ed. Gallimard), le carnet de route de ses interventions en 2008 auprès d'élèves de troisième d'un collège du Réseau Ambition Réussite (dispositif destiné à favoriser l'égalité des chances), dans le quartier de la Marquisanne à Toulon.

Avant d'accepter de s'y rendre, Danièle Sallenave s'est interrogée sur l'intérêt de cette démarche et même sur sa légitimité à rencontrer des collégiens dont tout le monde s'accorde à dire (parents, professeurs, corps social) qu'ils n'aiment pas lire et que c'est inquiétant. "Si la rencontre d'une classe et d'un écrivain peut en amener, ne serait-ce qu'un seul, à regarder les livres d'un oeil moins hostile, alors c'est ça de gagné."

Premier constat de l'académicienne, "le goût de la lecture ne peut venir sans un rapport complet, correct, bien constitué avec les mots." Or, la plupart de ces jeunes sont mal à l'aise avec la langue française. Les textes des élèves cités en exergue des chapitres du livre ne manquent pas d'intérêt. Pour autant, leur rapport à l'écrit n'est pas meilleur que leur rapport à la lecture. Les deux sont étroitement liés, et l'enjeu est de taille : "ma philosophie en matière d'éducation est assez simple : c'est ou les mots ou les coups." La non maîtrise de la langue, notre bien commun, est un terreau sur lequel la violence prospère.

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Fille d'instituteurs, Danièle Sallenave insiste : "Essayons donc plutôt de faire avec les enfants des banlieues ce que les fameuses « blouses grises » ont été capables de faire pour les enfants des campagnes, qui n'étaient souvent guère plus favorisés que nos élèves « issus de l'immigration » : leur apprendre à manier correctement la langue de leur pays. Et à faire les quatre opérations."

Elle dénonce de "honteux démagogues sans pudeur" qui par leurs discours enferment davantage ceux qui vivent déjà une réalité sociale et économique pénible. Il faut faire preuve de la même ambition et de la même exigence pour tous les enfants, quelles que soient leurs difficultés. "Lire, écrire, observer : triade indispensable pour pouvoir ensuite passer à l'étude des choses plus complexes qu'offre le monde d'aujourd'hui."

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À propos des jeunes issus de l'immigration, elle considère que "c'est mettre de l'huile sur le feu que de rappeler à tout bout de champ de quelles injustices, même si c'est la vérité, leurs parents ou grands-parents ont souffert." Pour préserver la cohésion sociale, il faut désormais regarder ensemble vers l'avenir. Et, plutôt que de la vouloir sans arrêt en prise avec le monde, il faut faire de l'école un sanctuaire – peuplé de livres – qui aide les élèves à grandir et les protège de la violence extérieure.

Ce que Danièle Sallenave transmet, c'est la joie que procure son métier d'écrivain, "même joie que dans la lecture, celle d'être tout entier « hors de soi »" dans un effort continu. Son amour de la langue est bien tangible dans son  Dictionnaire amoureux de la Loire (Ed. Plon), ce fleuve qu'elle considère comme sa "terre natale".

Dans cet ouvrage, il est question de chocolat, de cannes à pêches, de centrales nucléaires, de démons, de Léonard de Vinci, de Jean Zay, des tableaux de Turner... 900 pages de connaissance et de plaisir autour de la Loire, source d'inspiration majeure pour les écrivains, les chanteurs, les poètes... dont l'auteur a le bon goût de nous faire partager les merveilles.

2015 Creil - Salon du Livre et de la BD © A. OuryAlbum photos

Tag(s) : #Animation de débats et rencontres

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