344 pages
Éditions Les Nouveaux Auteurs
Format : 13,6 x 21,1 cm
ISBN : 978-2819504221
12 Mai 2016 - Prix 18,95 €
 
 

Quatrième de couverture : "Un fantastique voyage entre le Japon de l'époque shogounale et le Japon d'aujourd'hui sans oublier la naissance d'une histoire d'amour... Une photographe franco-japonaise vit le séisme du 11 mars 2011 à Tokyo. Sans nouvelles de sa grand-mère disparue, elle part à sa recherche dans la zone sinistrée par le tsunami. Cette quête va l'amener à découvrir certains secrets de famille et lui permettre de rencontrer l'amour."

Le roman a reçu le Prix Femme Actuelle 2016, le Coup de cœur de la Présidente du Jury, Éliette Abécassis.
Lecture : La mémoire sous les vagues de Laurence CouquiaudLecture : La mémoire sous les vagues de Laurence Couquiaud

La mémoire sous les vagues (Ed. Les Nouveaux Auteurs), premier roman de Laurence Couquiaud, commence par une secousse. Nous sommes le 11 mars 2011, la terre tremble au large de la ville de Sendai, au nord-est du Japon. À Tokyo, qui se trouve pourtant à 360 kilomètres de son épicentre, le séisme est ressenti pendant six longues minutes par Yukiko/Noëlle Le Bihan, photographe franco-japonaise qui raconte son histoire : "Je n'imagine pas à cet instant, crispée en prière pour que la terre se calme, quelle onde tellurique ce séisme répercutera dans ma vie."


Après le tremblement de terre de magnitude exceptionnelle (8,9 sur l'échelle de Richter), il y a la vague. "Elle oblitère tout, il est impossible d'y survivre." Un tsunami effroyable submerge les côtes, emportant tout sur son passage. La centrale de Fukushima est touchée, ses réacteurs entrent en fusion, "une autre tragédie, plus sournoise, plus humaine, plus horrible par ses conséquences mortifères, se déploie". La peine est triple pour les Japonais.

 

À la stupeur de ce drame collectif s'ajoute pour Yukiko l'angoisse liée au sort de sa grand-mère, Obāchan, 98 ans, qui vit seule dans un village isolé du Tōhoku, région presque entièrement dévastée par le séisme, juste en face de l'épicentre. Il faut partir à sa recherche.

Lecture : La mémoire sous les vagues de Laurence CouquiaudLecture : La mémoire sous les vagues de Laurence Couquiaud

Dans le roman, les chapitres relatant "l'après 11 mars" de Yukiko alternent avec ceux consacrés à une histoire plus ancienne qui se déroule à Yokohama à partir de 1863, époque où "les luttes intestines entre pouvoir impérial et shogounal étaient fort confuses." Kané est geisha ("artiste et dame de compagnie [qui] divertit par sa pratique raffinée des arts traditionnels japonais") au sein du Gankirō, un établissement prestigieux de la ville portuaire. Sa beauté ne laisse pas insensibles les Occidentaux qui affluent au Japon, désormais ouvert sur le reste du monde, au grand dam des tenants de la tradition.

 

"Il régnait un calme relatif à Yokohama. La communauté étrangère accueillait chaque jour de nouveaux arrivants. La ville demeurait une enclave un peu folle, à part du reste du Japon, où tout semblait excessif... On s'y ennuyait donc on festoyait souvent, le vin consolait toutes les races."

 

Kané entretient une relation amoureuse qui va traverser le temps avec l'Anglais Charles Pearsall, illustrateur correspondant du quotidien The Illustrated London News et créateur du premier magazine satirique japonais, The Japan Punch.  Un "homme fantasque et drôle au trait de plume acerbe, au geste vif, aux jeux de mots mordants". Son ami et futur associé, le photographe Félix Camino, l'accompagne dans sa découverte de l'archipel. Un drame va se nouer autour de ce trio.

Lecture : La mémoire sous les vagues de Laurence CouquiaudLecture : La mémoire sous les vagues de Laurence Couquiaud

Laurence Couquiaud ne dévoile que vers la fin du livre le lien entre les deux histoires qui se tiennent à cent-cinquante ans de distance. En retrouvant sa grand-mère miraculeusement rescapée du séisme, Yokiko est amenée à s'interroger sur ses racines et à plonger dans "les oubliettes de la mémoire familiale". Tandis que "les sauveteurs fouillent et des pelleteuses poussent après leur passage des montagnes d'existences disloquées", la photographe, meurtrie par la souffrance de son peuple, progresse dans la compréhension d'elle-même. Elle peut compter sur la présence bienveillante d'Hiro, un céramiste endeuillé par la catastrophe qu'elle a rencontré à l'hôpital où son père est soigné aux côtés d'Obāchan.

 

Dans un va-et-vient de métronome entre l'époque contemporaine et ce 19e siècle qui marque la fin du shogunat Tokugawa, l'auteur parvient à construire une intrigue cohérente peuplée de personnages attachants. Charles Pearsall et Félix Camino sont inspirés des artistes réels Charles Wirgman (considéré comme l'un des pères du manga) et Felice Beato dont elle reprend l'essentiel de la biographie.

 

Autour d'eux, elle fait revivre une communauté bigarrée qui s'épanouit au pays du soleil levant : Ernest Satow et Algernon Mitford (diplomates britanniques), François Perregaux (horloger suisse), Joseph Heco (Japonais naturalisé américain qui fonde le premier périodique en langue japonaise aux États-Unis), Kimbei Kusakabe (coloriste et photographe assistant de Felice Beato), etc. Son écriture précise et sensible, les termes laissés en japonais dans le texte (un glossaire les explicite en fin d'ouvrage) offrent une immersion plaisante et instructive dans la culture nippone que l'auteur connaît bien.

Lecture : La mémoire sous les vagues de Laurence CouquiaudLecture : La mémoire sous les vagues de Laurence Couquiaud

Née en 1967, Laurence Couquiaud a vécu plusieurs années au Japon et dans d'autres pays d'Asie. Elle a été chercheur spécialiste de l'environnement des mammifères marins avant de se reconvertir comme céramiste à Ermenonville, dans l'Oise. Ses passions ont donc largement nourri ce premier roman dont on sent qu'il puise sa source dans l'émotion sincère liée à la catastrophe de 2011.

 

Le bilan de la tragédie est terrifiant : 15 894 morts, 2 562 disparus, 6152 blessés, 470 000 personnes évacuées, et combien de victimes des radiations dans les années futures ? "Courage, abnégation, dignité, qualités ô combien japonaises dans l'adversité", souligne Laurence Couquiaud. La mémoire sous les vagues, qui célèbre la vie et l'amour retrouvé, agit sur les blessures à la manière d'un baume.

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