Richard McGuire sur tous les fronts de la créationRichard McGuire sur tous les fronts de la création

"There is so much to talk about !" (Il y a tant de choses à dire !), s'exclame Richard McGuire. Né dans le New Jersey en 1957, bassiste en son temps du groupe Liquid Liquid, l'artiste touche-à-tout est à la tête d'une œuvre à la fois protéiforme et fascinante qu'il présentait le 2 décembre 2016 lors d'une master class animée par Philippe Peter, au dernier Salon de la littérature et de la presse jeunesse de Montreuil (Seine-Saint-Denis).

C'est surtout à travers l'album ICI (Ed. Gallimard, 2015) récompensé par le Prix LIRE 2015 de la meilleure bande dessinée et le Fauve d'Or 2016 du FIBD d'Angoulême, que Richard McGuire s'est fait connaître en France. Une première version de ce travail était parue en 1989 dans la revue de bande dessinée Raw dirigée par Art Spiegelman et Françoise Mouly. Les six planches noir et blanc étaient alors présentées sous la forme d'un gaufrier abandonné dans le roman graphique mais le concept était déjà le même.

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L'auteur a choisi d'adopter, tout au long des 300 pages de son livre (les scènes étant réparties pour la plupart sur une double page), un point de vue invariable sur l'intérieur d'un logement, un lieu unique qui se décline selon la date indiquée dans le coin supérieur de la page de gauche. Alors inspiré par le système d'exploitation Windows de Microsoft, Richard McGuire a imaginé des fenêtres miniatures s'ouvrant sur d'autres époques à l'intérieur des pages.

L'album commence en 2014 (date de première parution du livre) puis nous entraîne en 1957 (année de naissance de l'auteur) avant de nous transporter à travers les âges, sur une échelle de temps qui varie entre 3 000 500 000 ans av. J.-C. et 22 175. L'espace qu'il nous est donné d'observer est donc tour à tour un ciel vide, un emplacement désert livré aux caprices de la nature, un coin de marécages, une forêt occupée par les Amérindiens, le parc d'une maison coloniale, le chantier d'un nouvel édifice à Perth Amboy (New Jersey), un salon qui traverse le 20e siècle, un site pollué par la radioactivité...

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Au fil des pages et des années, une multitude de personnages ou animaux défilent (et vivent !) devant la "caméra fixe" de l'artiste : photos de famille, soirées entre amis, étreintes, disputes, dialogues, travaux, sinistres, scènes du quotidien, noëls ou anniversaires... beaucoup de ces petits riens qui peuplent nos vies sans prétention.

La lecture devient labyrinthique entre toutes ces existences qui semblent se chevaucher dans un décor à la Edward Hopper. C'est la grande marche du temps que nous décrit l'auteur, entre mémoire et effacement. La conclusion tient peut-être dans les vers de cette comptine, Ring Around The Rosy, qu'il mentionne en 1889 et 1899 : "Ashes, Ashes, We all fall down !" (Cendres, cendres, Nous tombons tous !)."

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J'aime changer de style à chaque projet", souligne Richard McGuire dont le dessin (une ligne claire) est avant tout au service d'une idée. Son dernier ouvrage, Dessins séquences (Ed. Gallimard, 2016) est un recueil de ses cabochons (ou "culs de lampe") parus individuellement entre 2005 et 2015 dans The New Yorker. Utilisés pour équilibrer les longueurs des colonnes, ces dessins font aussi office de respiration ou de divertissement : "ils existent hors du texte et racontent une histoire, comme de petits poèmes visuels, à la manière des haïkus."

Le magazine confie à un seul auteur tous les cabochons d'un même numéro, "un challenge" selon Richard McGuire. Mais le graphiste apprécie les contraintes, "ça aide beaucoup la création !", affirme-t-il avec enthousiasme. Son œuvre s'inscrit en cela dans un registre qui rappelle le travail de Marc-Antoine Mathieu ou de l'OuBaPo - Ouvroir de bande dessinée potentielle (voir ICI le reportage sur l'exposition Liberté et contrainte présentée en 2015 à la Maison de la Culture dans le cadre des Rendez-vous de la bande dessinée d'Amiens). Le medium bande dessinée a acquis une maturité telle aujourd'hui que certains auteurs, maîtrisant parfaitement ses codes, jouent habilement à les questionner ou à les détourner pour servir leur propos.

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Richard McGuire a souvent publié dans la presse et réalisé plusieurs couvertures du New Yorker dont Françoise Mouly assure la direction artistique : "il était important pour moi de travailler pour ce magazine car beaucoup de mes héros y participent. J'ai une idée, j'envoie une esquisse, c'est oui ou non. Mais ce n'est pas très simple car ils refusent beaucoup !"  L'illustration est cependant pour lui une activité parmi beaucoup d'autres.

Il a réalisé deux films d'animation (Micro Loup, 2003 et Peur(s) du Noir, 2007). Il est aussi designer de jouets (jeux de cartes, puzzles...) et auteur de livres pour enfants. L'album Orange Book (Ed. Albin Michel Jeunesse, 2010) qui raconte le destin de quatorze oranges cueillies au même arbre, lui a valu une médaille d’or de la Society of Illustrators. Richard McGuire, qui prend un plaisir communicatif à évoquer son travail, a décidément de multiples cordes à son arc. Cette master class offre une nouvelle occasion de saluer l'intelligence et la richesse de la programmation du Salon de la littérature et de la presse jeunesse de Montreuil.

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2016 Montreuil - Salon du livre et de la presse jeunesse © A. OuryAlbum photos du Salon de Montreuil

 

 

Tag(s) : #Coups de coeur et curiosités

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