À bord du Transsibérien avec Gwenaëlle AbolivierÀ bord du Transsibérien avec Gwenaëlle Abolivier

Une lecture-rencontre avec Gwenaëlle Abolivier était organisée mardi 2 mai 2017 à la librairie des Signes de Compiègne (Oise) dans le cadre des Parcours découverte du Conseil régional, plus précisément du dispositif "De l'auteur au lecteur" porté par le CR2L Picardie. Grâce à des actions multipartenariales, il a pour but de faire connaître la création littéraire contemporaine de la région aux scolaires dont les enseignants ou documentalistes s'investissent dans le projet.

Julien Dollet, chargé de mission Vie littéraire au CR2L, a ainsi coordonné une action autour de Vertige du Transsibérien (Ed. Naïve, 2015), ouvrage de Gwenaëlle Abolivier qui habite dans l'Oise mais sillonne la planète depuis de nombreuses années pour ses reportages radiophoniques. Les élèves de Seconde option "littérature et société" du Lycée Mireille Grenet de Compiègne ont ainsi eu l'occasion d'échanger avec l'auteur au sujet de son livre et d'en travailler la lecture à voix haute avec Matthieu Hacquart, comédien de la compagnie La Bourlingue Théâtre (Oise). Le 6 juin, ils auront le privilège de se rendre à Paris dans les studios de Radio France pour y enregistrer leur prestation, un livre audio leur sera offert à la fin de l'aventure.

À bord du Transsibérien avec Gwenaëlle AbolivierÀ bord du Transsibérien avec Gwenaëlle Abolivier

Mardi soir à la librairie des Signes, six de ces lycéens s'étaient portés volontaires pour lire des extraits du livre avec le comédien, au cours d'une rencontre avec Gwenaëlle Abolivier que j'avais le plaisir d'animer. Nous sommes donc partis sur les traces de Blaise Cendrars, "bourlingueur à la tête de caboche", auteur en 1913 de La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France, premier livre illustré en simultané par Sonia Delaunay. Le poète a-t-il seulement fait le voyage qu'il décrit ? Lorsqu'en 1955, le journaliste Pierre Lazareff l'interroge à ce sujet, Cendrars a cette réponse magnifique "Qu'est-ce que ça peut te faire, puisque je vous l'ai fait prendre à vous ?"

Gwenaëlle Abolivier a bien voyagé pendant plus d'un mois entre Moscou et Pékin, il y a une quinzaine d'années. 7867 kilomètres parcourus sur la ligne de chemin de fer mythique qui offre de rallier, soit Vladivostok son terminus traditionnel, soit la capitale chinoise via la Mongolie. Ce périple a donné lieu à une série d'émissions radiophoniques diffusées sur France Inter, et à un livre hybride auquel Gwenaëlle a commencé à se consacrer quand son travail à la radio lui en a laissé le temps. Comme Nicolas Bouvier qui a publié L’Usage du monde dix ans après son voyage, elle a apprécié de prendre du recul sur cette expérience et de la redécouvrir à travers l'écriture.

À bord du Transsibérien avec Gwenaëlle Abolivier

Vertige du Transsibérien (Ed. Naïve, 2015) est à la fois un documentaire et une longue lettre d'amour. On connaît le goût de l'auteur pour les relations épistolaires : entre 2014 et 2016, elle a publié "Tendre est l'écrit" aux éditions À dos d'âne, une belle trilogie consacrée à la correspondance de jeunesse de personnalités célèbres. Le récit est donc tout entier une "lettre-océan" adressée à l'être aimé dans lequel le lecteur peut aussi se retrouver : "J'ai soif et j'avance pour éprouver mon amour pour toi et me sentir plus en vie, car je sais maintenant que voyager, c'est renaître."

La rencontre est l'élément-clé de ce livre. Équipée de son Nagra, enregistreur sonore portable, Gwenaëlle collecte "des témoignages et des impressions ferroviaires". Des figures souvent émouvantes se dessinent alors, comme celle d'Irène, la cinquantaine, qui confesse "avoir eu sa vie volée" par le régime communiste auquel elle a pourtant cru sincèrement, et qui ne songe qu'à quitter la Russie.

À bord du Transsibérien qui "relie les vie et les destins", il y a aussi Nadejda, la provonitza (hôtesse en charge de la voiture) qui "veille d'un œil maternel sur son petit monde et sur son samovar qui ronronne au bout du couloir." Ou bien Youlia, qui enseigne l'histoire et la géographie. Descendante des Touvas (nomades d'origine turco-mongole), elle en veut à Jules Verne qui, dans son Michel Strogoff (1876), réduit les Tartares, peuple de Sibérie, à des "hordes de sauvages sanguinaires" que combattent les cosaques.

À bord du Transsibérien avec Gwenaëlle AbolivierÀ bord du Transsibérien avec Gwenaëlle Abolivier

De rencontre en rencontre, d'un paysage à l'autre, "des montagnes érodées de l'Oural", à "la plaine sibérienne, vaste désert du Far East", de "l'insondable taïga" au désert jaune de Gobi, du lac Baïkal à la Grande Muraille de Chine... la journaliste se "détache de l'image idéalisée de cette traversée ferroviaire, pour entrer de plain-pied dans la vie réelle". À Krasnoïarsk en Sibérie, où les usines sont de "diaboliques croqueuses d'hommes", elle est reçue par Larissa qui lui révèle que les déchets nucléaires venus d'Europe de l'Ouest sont enfouis à quelques kilomètres.

 

Plus loin, le lac Baïkal, la plus grande réserve d'eau douce de la planète (25 millions d'années, 700 kilomètres de long, près de 2 kilomètres de profondeur), lui révèle ses secrets grâce à Max qui "ressemble à la fois à Tryphon Tournesol et à Robinson Crusoé". Directeur de l'Institut de microbiologie du village de Bolchoï Coty, il traque sans succès LA bactérie qui pourrait polluer le lac... et n'oublie pas de faire chaque jour le poirier "pour que son cerveau retrouve les sensations de la vie utérine" !

À bord du Transsibérien avec Gwenaëlle AbolivierÀ bord du Transsibérien avec Gwenaëlle Abolivier

Un autre rapport au temps s'installe à mesure que le train progresse ; "plus on va de l'avant, plus le temps semble en arrêt, figé au cœur de ces scènes silencieuses". En Mongolie, Gwenaëlle partage un moment le quotidien des derniers peuples nomades dont les traditions disparaissent avec la mondialisation. "Je capte et mémorise ce qui est condamné au passé, le passé de notre patrimoine universel", explique-t-elle, bien consciente de la responsabilité qui est alors la sienne.

 

Entre récit de voyage et introspection, bercé à son tour par "la petite musique intérieure du Transsibérien", le lecteur est emmené par le texte et sa poésie. À Compiègne mardi soir, l'auteur ne cache pas son émotion lors de la lecture des lycéens préparés par Matthieu Hacquart. Une autre forme de voyage en somme. Et Gwenaëlle de conclure : "L'écriture est une belle aventure !".

À bord du Transsibérien avec Gwenaëlle AbolivierÀ bord du Transsibérien avec Gwenaëlle Abolivier
"Crois-tu qu'écrire, c'est réellement vivre, toi le voyageur ? Vivre n'est-ce pas voyager, aimer, travailler ? Faut-il avoir beaucoup vécu pour écrire, beaucoup aimé, beaucoup pleuré aussi ? Enfin, écrire, est-ce travailler comme on va gagner son pain ?"

 

 

CR2L Picardie
La Graineterie
10-12 rue Dijon 80000 Amiens
Tél : 03.22.80.17.64
cr2l-picardie.org

 

 

Tag(s) : #Animation de débats et rencontres

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