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L'exposition Tchot Fiu d'Amiens organisée par les Archives municipales et communautaires d'Amiens, retrace l'histoire de l'enfance et de ses transformations sociologiques, culturelles et éducatives durant le XXe siècle.
 

Affiche

 

À travers des objets, des documents, des photographies et grâce au catalogue - à l'image d'un cahier d'écolier - disponible sur place (voir ci-dessous), l'exposition permet de mesurer le chemin parcouru en un siècle sur le sujet de l'enfance dans notre société française.

Le mot enfant vient du latin infans (in, privatif, et fari, parler) qui signifiait chez les Romains, "celui qui ne parle pas". Et il en a fallu du temps avant que l'on s'intéresse à sa personnalité et qu'il soit considéré comme un individu à part entière !

Françoise Dolto est encore loin, mais des signes de changement apparaissent dès la fin du XIXe siècle. L'affection témoignée aux enfants se manifeste de façon plus démonstrative au sein de leurs familles. La puériculture fait son apparition, les fameux landaus aussi, pour les plus aisées d'entre elles. "L'Alliance Nationale pour la vitalité française" milite en faveur de la procréation et l'obstétrique devient une discipline scientifique.
 

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Mais le travail des enfants ne va disparaître que très progressivement. Dans l'industrie textile comme à Amiens, ils sont particulièrement recherchés pour leur petite taille. En 1851 apparaît la loi limitant la durée du travail quotidien à dix heures pour les moins de quatorze ans, et à douze heures entre quatorze et seize ans... En 1874, l'âge minimum de l'embauche est fixé à 12 ans. L’évolution du travail des jeunes est liée à celle de la scolarité obligatoire. La gratuité de l’enseignement primaire est votée le 16 juin 1881, et la loi de Jules Ferry établit l’enseignement laïc obligatoire de 6 à 13 ans, le 28 mars 1882. 
 

"Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre
Qui produit l'argent en créant la misère
Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil
" (Victor Hugo)

 

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Peu à peu la protection de l'enfance va faire son chemin. L'État et les collectivités s'organisent pour prendre en charge les besoins des petits : santé, alimentation, garde ou loisirs. Après la Première Guerre Mondiale, les enfants victimes du conflit bénéficient du statut de "pupilles de la Nation". En 1928, Il y a trois crèches à Amiens : Saint-Firmin, Saint-Leu et Saint-André, gérées par les Œuvres des crèches. Elles sont toutes les trois reconnues d'utilité publique et subventionnées.

 

la pêche, Amiens, vers 1947 Archives municipales et commun

La pêche, Amiens, vers 1947
©
Archives municipales et communautaires d'Amiens, fonds Lockert

 

A l'école, le Certificat d'études primaires (familièrement "le Certif") marque la fin de l'enseignement primaire. Il est institué par la Loi Jules Ferry dont l'article 6 précise qu'"il est décerné après un examen public auquel pourront se présenter les enfants dès l'âge de onze ans. Ceux qui, à partir de cet âge, auront obtenu le certificat d'études primaires, seront dispensés du temps de scolarité obligatoire qui leur restait à passer." Pour les enfants des classes populaires, il marque donc souvent l'entrée dans la vie active. Il a été officiellement supprimé en 1989.
 

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Avis aux nostalgiques, "Tchot fiu d'Amiens", le petit gars d'ici, propose un sympathique voyage dans le temps. Comme un grenier exhumant ses trésors, l'exposition dépayse et fleure bon "le temps d'avant". Mais elle donne également à réfléchir et à se réjouir des nombreuses évolutions qu'a connu le XXe siècle en matière de soins et d'attention portés aux enfants.

L'enfance et les livres de l'époque

L'exposition nous rappelle que la célèbre Bécassine est l’œuvre du dessinateur Joseph-Porphyre Pinchon, né à Amiens en 1871. Ce personnage de nourrice qui apparaît en 1905 dans La semaine de Suzette (magazine pour fillettes) est bien picard à l'origine, dans la tradition des "sots" et des "sottes" du folklore carnavalesque. En 1913, l'éditeur Maurice Languereau dit "Caumery" remplace madame Rivière au scénario et fait de Bécassine une Finistérienne que les Bretons perçoivent souvent mal, aujourd'hui encore.

 

Becassine Nourrice

 

Et puisqu'il est question de l'enfance au XXe siècle, on peut également évoquer La Guerre des Boutons, roman de ma douzième année, récemment (et doublement) réadapté au cinéma. Ce livre écrit par Louis Pergaud en 1912 nous plonge au coeur de la guerre sans merci que se livrent les enfants de deux villages voisins, ceux de Longueverne contre ceux de Velrans.
 

La Guerre des Boutons

Cliquez sur l'image ci-dessus pour lire La Guerre des Boutons en ligne
 

Ce classique de la littérature a séduit des générations d'écoliers. Ses héros hauts en couleur (Lebrac, Petit Gibus, Grand Gibus, La Crique ou Camus...) nous renseignent encore aujourd'hui sur l'enfance de l'époque, ses ruses, son vocabulaire, ses jeux. Il dessine également la société rurale de ce début de siècle, les relations familiales, l'importance de l'église et le rôle de l'école. Le tout dans un langage gaulois que Louis Pergaud assumait clairement dès sa préface :

"Foin des pudeurs (toutes verbales) d'un temps châtré qui, sous leur hypocrite manteau, ne fleurent trop souvent que la névrose et le poison. Et foin aussi des purs latins : je suis un Celte [...] Ainsi n'ai-je point craint l'expression crue, à condition qu'elle fût savoureuse, ni le geste leste, pourvu qu'elle fût épique."
 

classe de filles, école primaire d'Amiens, vers 1947 Archi

Classe de filles, école primaire d'Amiens, vers 1947
 © Archives municipales et communautaires d'Amiens, fonds Lockert


"Le maître, du haut de sa chaire, droit et sévère, sa règle d’ébène à la main, commença par flétrir en termes énergiques leur conduite sauvage de la veille, indigne de citoyens civilisés, vivant en République dont la devise était : liberté, égalité, fraternité !
Il les compara ensuite aux êtres apparemment les plus horrifiques et les plus dégradés de la création : aux apaches, aux anthropophages, aux ilotes antiques, aux singes de Sumatra et de l’Afrique équatoriale, aux tigres, aux loups, aux indigènes de Bornéo, aux Bachibouzouks, aux Barbares des temps jadis, et, c’était le plus grave, comme conclusion à ce discours, déclara qu’il ne tolérerait pas un mot, que le premier geste de communication qu’il surprendrait soit en classe, soit en récréation vaudrait, à son auteur, trente jours de retenue et dix pages, par soir, d’histoire de France ou de géographie à copier et à réciter. Ce fut une classe morne pour tous ; on n’entendait que le bruit crissant des plumes mordant rageusement le papier, quelques claquements de sabots, le frottement léger et étouffé des pupitres levés avec prudence, et, quand venait l’heure des leçons, la voix rogue du père Simon et le récitatif hésitant et timide de l’interrogé." (La Guerre des Boutons Louis Pergaud)

 

Cliquez sur l'image pour lire le catalogue de l'exposition

Visu Catalogue

 

L'exposition se poursuit jusqu'au 30 décembre 2011 dans la salle de lecture des Archives municipales, 50 rue Riolan. Visites libres et gratuites du lundi au vendredi, de 8h à 17h.
Archives municipales et communautaires d'Amiens 
50 rue Riolan (1er étage) BP 2720 - 80027 AMIENS cedex
1 03 22 97 30 40 - service.archives(@)amiens-metropole.com 
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Tag(s) : #Coups de coeur et curiosités

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