Pseudo

216 pages
Éditions Myriapode
 ISBN-13: 978-2359450088
Août 2011 - prix 18 € 

Quatrième de couverture : "Un homme, une femme, engagent une correspondance sur le Net. Mais l'un(e) des deux n'est pas celui que l'autre croit. Jeux de séduction épistolaire, libertinage amusé, masques, mensonges et vérités... On croit ne jouer qu'avec les mots. Mais le drame n'est pas loin. En feront l'expérience Jeanne, vingt-cinq ans, musicienne et romantique ; Sophie, la quarantaine mondaine et cynique ; Alice, une trentenaire accro au poker, la flambeuse du groupe, et Ulysse, un antiquaire un peu distant mais si élégant !"

 

Sophie, Alice et Jeanne se retrouvent au club de gym, puis au restaurant, tous les vendredis soirs. Leur amitié peut surprendre. La première est mariée à un médecin. Lasse de sa relation conjugale, elle s'épuise en sorties et en mondanités. Elle porte sur les hommes un regard cynique, voire méprisant. Alice, kinésithérapeute dévouée à son métier, est une trentenaire qui vit seule et dont le temps libre s'organise entièrement autour de sa passion pour le poker. Le jeu la dévore et conditionne également ses réactions. Jeanne, la plus jeune, est musicienne. Une fleur bleue de vingt-cinq ans qui se remet mal d'une blessure amoureuse. Manquant d'assurance, elle voue une grande admiration à Sophie.

Sous l'impulsion de cette dernière qui a repéré le message plaisant d'un certain Ulysse sur Internet, les trois femmes décident d'inventer ensemble un personnage virtuel qu'elles incarneront tour à tour. Leur création, Eva Corbin, prend donc (presque) corps en envoyant son premier mail au mystérieux antiquaire qui se prête aussitôt au jeu.

Leur correspondance commence et se prolonge en un marivaudage dont la teneur change pourtant en fonction de la femme qui emprunte l'identité d'Eva. "Le style, c'est l'homme" disait Buffon. Chacune des trois amies glisse forcément un peu d'elle-même dans les messages qu'elle rédige à l'intention d'Ulysse. Des tensions naissent inévitablement entre Sophie, Alice et Jeanne, qui ne sont pas d'accord sur l'évolution à donner à cette relation. Leur amitié est mise à l'épreuve. Peu à peu, le jeu n'en est plus un.

La forme de ce roman nous renvoie, bien sûr aux Liaisons dangereuses du maître du genre, Choderlos de Laclos (né le 18 octobre 1741 à Amiens, il faut le savoir !). La fragile et naïve Jeanne a parfois des airs de Cécile de Volanges et Sophie peut rappeler... mais lisez donc le livre, et vous trouverez vous-même.

Pseudo est un roman épistolaire des temps modernes. Point de longues missives, de plis cachetés ni même de lettres expédiées par La Poste entre nos personnages. Conformément à la tradition du genre, Ella Balaert embarque son lecteur avec une grande maîtrise, dans un échange de mails sans la moindre narration. À charge pour celui-ci de reconstituer le puzzle des relations entre les uns et les autres, au fil des différents messages. Un régal.

Évidemment, ce livre donne à réfléchir sur les relations virtuelles qui sont notre quotidien aujourd'hui. Son titre pour commencer : Pseudo, vient du grec ancien ψευδής (pseudês) qui signifie "faux, erroné". C'est aussi l'abréviation courante de "pseudonyme" : nom d'emprunt souvent d'usage sur la toile. Le ton est donné, il s'agit bien de faux-semblants et de dissimulation.

Bien caché(e) derrière des pseudos ou des avatars, il n'est pas difficile aujourd'hui de tricher sur soi-même, de faire croire à d'autres vies, de s'en convaincre parfois... Bien à l'abri derrière nos écrans, nous évitons souvent la vraie relation aux autres. Nous nous privons à la fois du miracle de certaines rencontres et de la déception de certaines autres "comme ces enfants-bulle qui grandissent dans des sphères aseptisées et qu'on ne peut exposer au monde réel sans risque pour leur vie" (p 205).

Et d'ailleurs, dans la vie même et sans parler d'Internet, qui d'entre nous peut affirmer ne jamais porter de masque, en aucune circonstance ? Ce livre nous interroge sur notre propre duplicité. Le dénouement qui tombe comme un couperet, nous donne la mesure du mal que le mensonge produit. Il nous rappelle que les mots ont aussi leur importance, leur vie propre et que "derrière les mails, il y a des individus" (p 167). Le virtuel ne l'est jamais complètement. On ne peut pas se jouer de tout et de chacun. On ne badine pas avec l'amour.

 

"N'empêche : je maintiens que si Eva n'a rien à voir avec nous, sur aucun plan, cela va se voir. Je ne sais pas comment mais Ulysse va sentir la supercherie. Elle va être trop superficielle. C'est comme un écrivain qui ne mettrait rien de lui dans un personnage. Rien du tout, aucun rapport. Je trouve que ça se sentirait, à la lecture" (Pseudo - Ella Balaert)

 

 

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