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Les 19 et 20 janvier 2013, le salon du livre de Péronne ouvrait ses portes aux visiteurs qui n'avaient pas craint de braver la neige. Une ambiance chaleureuse les attendait avec cette manifestation placée sous le thème de la musique.

Au programme du salon (qui a dû fermer prématurément à cause de la météo) : Juanjo Guarnido, le célèbre dessinateur de Blacksad, une vingtaine d'auteurs en dédicaces (dont certains très rock comme Pierre Mikaïloff et Jean-Luc Manet), des éditeurs (les éditions de la Gouttière présentaient en avant-première leur nouvel album collectif La crise, quelle crise ?), des expositions, des intermèdes musicaux...


AfficheAffiche signée Juanjo Guarnido

 

Parmi les animations proposées gratuitement : un atelier de pratique de lecture à voix haute animé par le comédien et réalisateur Robin Renucci. Depuis 2011, il est également le directeur des Tréteaux de France, troupe de théâtre itinérante au statut de Centre dramatique national, qui d'un territoire à l'autre, d'un spectacle à l'autre, entend défendre l'idée que "Création, Transmission, Formation, Éducation populaire doivent se conjuguer, se réinventer ensemble."

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En préambule, Robin Renucci rappelle à la trentaine de participants que nous sommes tous des êtres singuliers, et que la voix d'un individu ne ressemble à aucune autre voix. Au centre du cercle formé par l'assistance : un grand sac de jute contient des livres. L'animateur-comédien invite un volontaire à prendre un ouvrage dans le sac, et à en lire quelques lignes au hasard.

Tristan (7 ans) est le premier candidat. Il saisit Un amour de Swann de Marcel Proust :
Pour faire partie du « petit noyau », du « petit groupe », du « petit clan » des Verdurin, une condition était suffisante mais elle était nécessaire : il fallait adhérer tacitement à un Credo dont un des articles était que le jeune pianiste, protégé par Mme Verdurin cette année-là et dont elle disait : « ça ne devrait pas être permis de savoir jouer Wagner comme ça ! », « enfonçait » à la fois Planté et Rubinstein et que le docteur Cottard avait plus de diagnostic que Potain.”


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Il est question de musique (le thème du salon) dans cet extrait. "Je ne crois pas au hasard !" nous dit Robin Renucci. À partir des quelques phrases difficiles lues par le petit garçon, l'assemblée commence à échanger. Sur ce qui a été compris ou non, sur la syntaxe particulière de ce passage. Tristan reprend sa lecture plusieurs fois pour que les impressions s'affinent. Après lui, d'autres volontaires se livrent à l'exercice. Ils vont lire Bajazet de Racine, La promesse de l'aube de Romain Gary et Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert.

 

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À chaque fois, c'est un plaisir de découvrir un nouveau texte, le style d'un auteur, une manière différente de le lire. "La lecture est une réécriture". Chacun reçoit un message particulier. Et c'est bien ce dont il est question : "il s'agit pour le lecteur ou le comédien, de donner à voir des images au public, d'exalter son imagination." insiste Robin Renucci. Il lui appartient par son intonation, de permettre que le sens du texte soit restitué.

Chez La Fontaine, lorsqu'on lit : "Maître corbeau, sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage", ce n'est pas la vision d'un arbre perché qui doit surgir dans l'esprit de l'auditeur ! Le comédien rappelle que la phrase est rythmée par une phase ascendante (protase) et une phase descendante (apodose), entre lesquelles se trouve le point culminant de l'intonation (acmé). La lecture doit refléter ces moments.


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Avec Racine, l'occasion se présente de travailler sur la versification. Les alexandrins peuvent se diviser en deux hémistiches identiques (6 + 6 syllabes), mais le poète ou dramaturge s'attache aussi à rompre la monotonie. En fonction de la syntaxe et du sens du vers, l'alexandrin peut se décliner de multiples façons : 1 + 5 + 6 / 1+ 11... etc.

 

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L'atelier est accessible à tous les niveaux de lecture et de culture. Au cours de ces deux heures, le comédien ne porte aucun jugement et valorise chaque participant. Il amène cependant les uns et les autres à améliorer leur pratique et leur écoute. Ses références et sa maîtrise de la langue française rendent les échanges  passionnants.

Tréteaux de France : "Le but est simple : retrouver ensemble les symboles préparés amoureusement, minutieusement par l’auteur. Retrouver les symboles, c’est-à-dire, au sens grec du terme, retrouver et mettre face à face, afin qu’elles correspondent, les deux moitiés brisées d’un objet. Quelles sont ces deux moitiés ? L’émission et la réception. Il arrive si souvent dans notre monde moderne que l’émission de signaux se fasse pressante, surabondante, en flux et flots continuels, sans que l’émetteur ne se soucie un instant  de ce qui se passe du côté de la réception ! Tâchons d’éviter ces tristes paradoxes : l’hyper communication illusoire et le déversement à sens unique."


Tag(s) : #Coups de coeur et curiosités

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