L'illustration des contes au Centre André François de Margny-lès-CompiègneL'illustration des contes au Centre André François de Margny-lès-Compiègne

Le Centre André François - Centre Régional de Ressources sur l’Album et l’Illustration - dirigé par Catherine Palomar à Margny-lès-Compiègne (60) propose jusqu'au 5 mars 2016 une exposition intitulée L'illustration des contes : tradition - création - innovation qui accompagne la résidence de l'artiste et illustratrice Irène Bonacina (auteur de l'affiche). Sophie Van Der Linden, critique spécialiste de la littérature jeunesse et romancière (présente au Salon du livre et de la BD de Creil 2015), est commissaire de cette exposition.

Lundi 14 décembre 2015, elle en conduisait une visite guidée, à la découverte d'illustrations originales témoignant de la manière dont les contes ont participé à l'émergence d'artistes de grande qualité. Parmi eux, des personnalités comme Benoît Jacques, Anaïs Vaugelade, Susanne Janssen, Henri Meunier...

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Lors de la visite, Sophie Van Der Linden a donc évoqué les œuvres de nombreux artistes inspirés par le conte. Au XIXe, l'illustrateur et maquettiste anglais Walter Crane (1845-1915), fait évoluer la construction de la page. L'enfant va devenir le principal destinataire du conte. Félix Lorioux (1872-1964), dessinateur de presse et de publicité, travaille sur la couleur, l'ornement : "l'univers des contes offert à l'enfant devient joyeux, poétique, virevoltant, espiègle voire burlesque."

Nathalie Parain (1897-1958), Tchelpanov de son vrai nom, est une artiste issue de l'Avant-garde russe qui applique aux contes une esthétique constructiviste (organisation géométrique de l'espace). Elle est la première illustratrice des "Albums du Père Castor". Son style graphique innovant influence encore les artistes d'aujourd'hui.

Née en 1928, la plasticienne tchèque Květa Pacovská qui réalise des ouvrages artistiques à destination de la jeunesse, travaille des formes dynamiques aux couleurs vives qui déconstruisent l'imagerie habituelle du conte. "Mes livres doivent être le premier musée que visitent les enfants", explique-t-elle.

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Dès les années 70-80, le genre se renouvelle ; la créativité est au service du détournement des contes. En 1974, Claude Lapointe propose, sur une adaptation de l'éditeur François Ruy-Vidal, une bande illustrée du Petit Poucet (Ed. Grasset), version hybride entre BD et album jeunesse. En 1994, Le Petit Chaperon rouge (Ed. Albin Michel) de Jean Claverie, transpose le conte de Perrault dans notre époque contemporaine ; son grand méchant loup porte jean et baskets.

Plus proche de nous, en février 2015, l'illustratrice polonaise Joanna Concejo "a choisi de ne pas choisir" entre Perrault et les frères Grimm : elle brode un délicieux Petit Chaperon rouge (Ed. Notari), à partir des deux versions célèbres. L'approche d'Olivier Douzou dans son Boucle d'or et les trois ours (Ed. Rouergue, 2011) est résolument graphique et comporte deux niveaux de lecture puisque l'histoire traditionnelle se double de son interprétation chiffrée.

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Après la visite, une table ronde animée par Sophie Van Der Linden était proposée sur le thème "Le conte, du texte à l'image et retour", en présence de Céline Murcier, responsable de la collection "À petits petons" chez Didier Jeunesse et Jean-Jacques Fdida, conteur, musicien, metteur en scène et auteur qui dirige la collection "Contes du temps d’avant Perrault" chez ce même éditeur.

Céline Murcier, bibliothécaire qui a travaillé plus de 20 ans pour le Centre de ressources "Livres au trésor" en Seine-Saint-Denis, a toujours eu de l'intérêt pour le conte. En rédigeant une bibliographie sur le sujet, elle constate qu'il y a peu d'adaptations pour les petits. Didier jeunesse souhaite créer une collection dédiée au conte sur le même mode que Pirouette (une comptine mise en scène par un artiste). Contactée à ce sujet, Céline Murcier en sera finalement la directrice littéraire.

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Documentaliste, elle a l'habitude de faire beaucoup de recherches pour trouver des histoires qui soient avant tout agréables à écouter. "Plus le texte est court, plus il y a de travail. Il s'agit de mettre de l'humain dans les livres, des mots-images, de proposer une narration claire, sans superflu ni ellipse. Le choix de la typograhie et des codes couleurs, est très important. C'est une partition. Le tout-petit ne doit pas perdre le fil de l'histoire."

Les auteurs sont des conteurs, ils ont l'habitude de s'adresser au public. Praline Gay-Para et Jean-Louis Le Craver signent en 1998 Quel radis, dis donc ! et La toute petite, petite bonne femme, les premiers ouvrages de la collection, illustrés par Andrée Prigent et Delphine Grenier. Une quarantaine de titres ont été publiés depuis.

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Jean-Jacques Fdida a développé de nombreuses activités autour de son métier d'origine : raconter des histoires. Il a même rédigé une thèse de Doctorat et enseigné à l'Université de Metz. Lui aussi a réalisé un "travail de fourmi" dans le cadre de ses recherches, et exhumé des versions anciennes et peu connues des contes populaires de la tradition orale.

La collection "Contes du temps d'avant Perrault" (Ed. Didier jeunesse, quatre livres publiés entre 2010 et 2013) reprend des grands titres classiques sous leur forme initiale, avant l'adaptation édulcorée diffusée par Perrault (1628-1703).

"Perrault, Grimm, sont soumis au langage de la raison. Avec les contes, on n'est pas dans ce monde de la raison mais dans celui du merveilleux"  insiste Jean-Jacques Fdida. En 2010, il publie Le Petit Chaperon rouge ou La Petite Fille aux habits de fer-blanc illustré par Régis Lejonc, qui ose la séduction et le repas cannibale (la petite fille mange la grand-mère dépeçée par le loup) soigneusement écartés par Perrault.

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Jean-Jacques Fdida est conscient que la lecture de ses livres (La barbe bleue ou Conte de l’oiseau d’Ourdi, La Belle au bois dormant ou Songe de la vive ensommeillée, Cendrillon ou La Belle au soulier d’or) par les enfants nécessite une plus grande implication de la part des adultes. La collection rencontre un beau succès auprès des amoureux du conte, mais son placement reste difficile en librairie.

Les parents font d'ailleurs preuve d'une certaine résistance, pourtant, comme le souligne Sophie Van Der Liden, "plus le registre est complexe, et plus on répond au besoin fort de compréhension du monde que manifestent les enfants. D'autant que ceux-ci ne sont pas élevés sous cloche ; il s'agit de les aider à grandir."

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Prochain rendez-vous à ne pas manquer au Centre André François : samedi 23 janvier à 10h, conférence sur les grandes évolutions de l’illustration des contes par Sophie Van der Linden. Notez que celle-ci a publié en 2013 un ouvrage de référence : Album[s] (Ed. De Facto/Actes Sud) en collaboration avec Olivier Douzou.

Dans ce livre remarquable, elle revient aux sources de l'album jeunesse, en décrit les évolutions, les tendances actuelles, en déchiffre les codes (interactions entre texte et images, format...) toujours exemples à l'appui. L'ensemble, très didactique, est richement illustré et offre des clés de compréhension très utiles. Album[s] est à conseiller à la fois aux professionnels qui travaillent sur ces questions et au grand public amateur du genre.

 

Cliquez ICI pour consulter le programme des animations en lien avec l'exposition

 

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L'illustration des contes au Centre André François de Margny-lès-Compiègne

Centre André François
Centre Régional de Ressources sur l'Album et l'Illustration
au 1er étage de la Médiathèque Jean Moulin
70, rue Aimé Dennel 60280 Margny-lès-Compiègne
03 44 36 31 59 - contact@centreandrefrancois.fr

Jours et heures d'ouverture:
mardi 14-18h ; mercredi 10-12h et 14-18h ; vendredi 14-18h ; samedi 10-17h
Ouverture possible à d’autres heures sur réservation

Tag(s) : #Coups de coeur et curiosités

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