Prix de la BD Fnac 2016 : rencontres avec Benjamin Renner et Wilfrid LupanoPrix de la BD Fnac 2016 : rencontres avec Benjamin Renner et Wilfrid Lupano

Benjamin Renner a reçu le Prix de la BD Fnac 2016, lors de la soirée organisée mardi 19 janvier 2016 aux Jardins du Pont Neuf à Paris, pour son deuxième livre Le Grand Méchant Renard (Ed. Delcourt). Le jeune homme, qui a co-réalisé le long métrage d'animation Ernest et Célestine en 2012, sur un scénario de Daniel Pennac, figure aussi dans la Sélection jeunesse 2016 du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême.

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Lors de notre rencontre, Benjamin explique que le plus touchant est de recevoir un prix décerné par le public, invité à voter parmi trente ouvrages sélectionnés par les libraires du groupe. "C'est vraiment un prix qui fait plaisir, car il signifie que j'ai achevé quelque chose d'intéressant. Il y des défauts, j'en suis conscient, mais quelque chose est réussi même si je ne sais pas exactement quoi !"

Car Benjamin Renner a plutôt tendance à douter qu'à s'imaginer en terrain conquis : "lorsqu'on travaille seul, on se pose beaucoup de questions, on pense que cela ne sert à rien et, quand la BD sort, que c'est la pire oeuvre qui soit ! Et puis on s'aperçoit que des lecteurs sont touchés, c'est probablement le plus agréable."

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Le Grand Méchant Renard (Ed. Delcourt) est une fable animalière drôle et très rythmée, qui met en scène en 192 pages un renard à l'opposé des clichés : ni malin, ni cruel, ni effrayant... Il s'épuise à tenter de terroriser les animaux de la ferme voisine pour en croquer les poules, mais chaque fois l'entreprise tombe à l'eau. Jusqu'au jour où le grand méchant loup lui propose un accord qui le met dans une situation insolite.

"J'ai été bercé par les Fables de La Fontaine, Les Contes du chat perché, le Roman de Renart... tous ces univers. Quand j'ai commencé mes études d'art, j'ai découvert que j'avais la passion de dessiner les animaux. Je n'ai jamais réussi à dessiner les humains, ni à faire des caricatures. Je transforme donc une faiblesse en méthode de narration. Ce que j'aime chez les animaux, c'est qu'on leur associe tout de suite une qualité : le renard est rusé, le loup féroce, le cochon bon vivant... Dans ma BD, j'ai voulu jouer avec cela, sur le décalage. Mon renard n'arrive pas à être un renard. Ce que l'on attend de lui automatiquement, il ne l'offre pas."

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Aucun homme n'apparaît dans cet album ; les animaux se suffisent à eux-mêmes et composent une micro société avec une dimension métaphorique : la ferme symbolise le village, la forêt représente une sorte de monde sauvage où seraient relégués les exclus. C'est le thème de la paternité qui est développé à travers le renard, contraint de prendre en charge l'éducation de trois poussins volés dans la basse-cour et qui vont l'appeler "maman"..!

Le dessin de Benjamin est léger, dans la suggestion, quelques traits sur un fond blanc à la manière de Reiser ou Quentin Blake. "C'est une forme d'écriture. Je place le décor dans la première case et ensuite je me concentre sur l'action et les personnages pour aller très vite. J'écris beaucoup de versions différentes, je n'ai pas peur de me lancer dans une chose et de l'abandonner, de sacrifier certaine scènes. C'est le principe du montage, il faut faire des choix."

Le numérique permet de s'amuser à proposer diverses possibilités. Sur le site des éditions Delcourt, il a ainsi imaginé une mini-BD Le Grand Méchant Renard interactive pour exploiter d'autres idées. Une adaptation de trois épisodes de 26 minutes est aussi en préparation pour la télévision.

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C'est le scénariste Wildrid Lupano, Lauréat 2015 avec Grégory Panaccione pour le magistral Un océan d'amour (Ed. Delcourt), qui a remis son prix à Benjamin Renner après un discours hilarant dans lequel il s'étonnait de ne pas gagner de nouveau. Il faut dire que trois de ses albums étaient encore en compétition. Il a aussi plaisanté sur le caractère militant de la BD récompensée, dans laquelle deux "papas", un renard et un loup, sont à l'honneur.

Pendant notre entretien, Wilfrid Lupano, dont la carrière était déjà bien installée avant de recevoir le Prix BD Fnac, m'a expliqué que cette récompense était intéressante dans le sens où l'album lauréat était vraiment défendu par le groupe qui organise une tournée de promotion. Elle offre une ouverture sur un lectorat qui n'est pas forcément passionné de BD.

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Un océan d'amour (Ed. Delcourt) a rencontré un grand succès à la fois critique et public. Pourtant, publier 224 pages d'"une histoire muette avec moult mouettes" était un pari audacieux. "Je n'avais pas de doute avant, ni pendant d'ailleurs. Mais plutôt en cherchant un éditeur", raconte le scénariste. "Il fallait trouver le bon dessinateur pour cet album car c'est lui qui porte la totalité de la narration et doit veiller par son dessin à ce que rien ne manque à l'histoire".

Wilfrid Lupano propose des noms de dessinateurs pour ses projets. Il ne se verrait en aucun cas travailler avec quelqu'un sans affinités. Pour Les vieux fourneaux (Ed. Dargaud, 3 tomes), il a voulu impliquer Paul Cauuet très en amont. "Nous avons réfléchi au terrain sur lequel nous voulions aller ensemble. Nous avions envie de travailler sur la notion de transmission, sur le monde qu'on laisse à ceux qui suivent."

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Là encore, il fallait convaincre un éditeur de relater les aventures des trois amis d'enfance septuagénaires, Pierrot, Mimile et Antoine ; et ce n'était pas gagné. "Au final, on se dit qu'on a eu raison de le faire. Les éditeurs ont souvent peur de la nouveauté mais je considère que c'est mon métier de proposer des choses différentes, de privilégier la diversité."

Du moment qu'il s'agit de raconter des histoires (il dessine très mal !), Wilfrid Lupano ne s'interdit rien et pourrait tout à fait imaginer travailler pour l'animation, le cinéma, afin notamment de toucher d'autres publics. Mais il est bien conscient d'être "mal habitué avec la bande dessinée qui offre une liberté totale."

À propos de liberté, il ne souhaite pas pour l'instant écrire sur l'actualité "parce qu'il faut du recul et que les réactions à chaud sont souvent mauvaises". Il précise que ses livres sont malgré tout en prise avec le monde qui nous entoure. Sa série Communardes ! (Ed. Vent d'Ouest, 2 tomes parus) qui évoque le rôle oublié des femmes pendant la Commune de Paris en 1871, interroge sur leur place dans la société ; le sujet est justement d'actualité.

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2016 Paris - Prix BD Fnac © A. OuryAlbum photos

Tag(s) : #Coups de coeur et curiosités

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