Retour sur le 4e Salon du livre d'Albert et du Pays du Coquelicot

Il y avait du monde au 4e Salon du livre d'Albert et du Pays du Coquelicot qui s'est déroulé les 17 et 18 octobre 2015 au Théâtre du Jeu de Paume. Au total, 2 300 personnes (dont 794 enfants) ont fait le déplacement pour profiter de la présence d'une trentaine d'auteurs (littérature, BD, jeunesse), des expositions, spectacles, ateliers, séances de conte...

L'équipe organisatrice de la médiathèque avait encore fourni un travail important afin de proposer en amont du week-end, et sur tout le territoire, de nombreuses rencontres avec les auteurs à l'affiche de cette édition (Dawid, Barroux, Loïc Dauvillier, Fabian Grégoire, Clément Lefèvre, Émilie Vast...).

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Chaque regroupement scolaire a ainsi eu l'opportunité d'en accueillir un ou plusieurs dans ses classes (76 au total ont bénéficié de ces interventions). En outre, tous les élèves de CP se sont vu remettre un chèque-lire de 8 € à dépenser sur le salon. Autant d'actions qui favorisent logiquement la bonne fréquentation d'une telle manifestation et sa tonalité familiale.

Au sein d'une programmation généraliste, les organisateurs avaient prévu des temps forts en lien avec les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale, dont le Pays du Coquelicot est sorti particulièrement meurtri. L'historien Jean-Yves Le Naour a ainsi participé à deux débats, l'un sur les blessés psychiques du conflit, l'autre sur les fusillés. (Article ICI).

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Pendant le week-end, j'ai eu le plaisir d'animer une série d'entretiens avec les auteurs invités ; voici une ébauche de synthèse de ces rencontres. Une première table ronde intitulée "Histoires de femmes" a réuni Fanny Chiarello pour Dans son propre rôle (Ed. de l'Olivier), Fanny Saintenoy pour Les notes de la mousson (Ed. Versilio) et Valérie Péronnet pour Jeanne et Marguerite (Ed. Calmann-Lévy). Dans chacun de ces romans, les auteurs nous racontent deux histoires parallèles entre lesquelles une relation va s'établir au fur et à mesure de la narration.

Dans son propre rôle (Ed. de l'Olivier) de Fanny Chiarello nous emmène dans le sud de l'Angleterre en 1947. Fennella est domestique dans une riche maison, Wannock Manor, tandis que Jeanette Doolittle est femme de chambre au Grand Hôtel de Brighton, non loin de là. C'est grâce à l'opéra et à une lettre de Jeanette, envoyée par erreur à Wannock Manor, que les deux femmes entrent en contact.

Fennella, enfermée dans son mutisme depuis un choc survenu cinq ans plus tôt, est comme "un grain de sable mouvant et solitaire en quête du bon édifice auquel se fondre, définitivement. Ainsi se pose-t-elle une fois de plus les questions habituelles : Y a-t-il une place pour moi quelque part ?" Jeanette, est veuve de guerre. La disparition d'Andrew, son grand amour, l'a laissée exsangue et rongée par l'amertume : est-il "plus cruel de ne jamais trouver son absolu, ou de l'avoir atteint puis perdu" ? Au moment où le monde est à reconstruire, leur rencontre, une impulsion douloureuse, va les amener à s'extraire des rôles que la vie leur a donnés.

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Dans Jeanne et Marguerite (Ed. Calmann-Lévy), ce sont aussi des lettres qui font le lien entre les héroïnes. De nos jours, Jeanne, dont le métier est d'écrire pour les autres, brûle d'amour pour un homme qu'elle connaît à peine. Un siècle plus tôt, Marguerite dite Guitta, son arrière-grand-mère, envoie des dizaines de lettres enflammées à Eugène, le futur mari que la guerre va lui prendre. À cent ans de distance, via la voix de Jeanne, un fil se noue entre les deux femmes submergées par les mêmes émotions : "J'ai relu son histoire, j'y ai trouvé la mienne. Mot pour mot quelquefois. [...] J'ai reconnu ce chagrin, distillé à ses deux filles, transmis comme un héritage à ses descendantes."

Les notes de la mousson (Ed. Versilio) de Fanny Saintenoy se partage entre l'Inde et la France. Le jeune Kanou, bientôt 10 ans, vit à Pondichéry auprès de sa mère Galta qui souffre de ne pas savoir décrypter ses racines. Loin d'eux, en France, Angèle habite dans l'école parisienne dont elle est la gardienne. Depuis son retour d'Inde, elle est enfermée dans une vie qui ne lui convient pas. Peut-on se sentir en exil dans son pays natal ? "Angèle n'oserait avouer à personne que souvent elle se "croit" noire, elle se voit ainsi, elle rêve d'elle-même en indienne." À travers une évocation subtile et sensuelle de l'Inde (pays auquel elle est très attachée), Fanny Saintenoy retisse les liens perdus entre ses personnages.

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Guillaume de Fonclare était également présent à Albert pour évoquer Joë (Ed. Stock), son remarquable essai consacré à Joseph Bousquet (1897-1950), jeune lieutenant foudroyé lors de la Première Guerre mondiale et qui, malgré son invalidité, devint l'un des grands écrivains de son temps. Non pas une biographie, mais un livre qui interroge, une fois encore, la possibilité de rester debout dans l'épreuve  : "l'esprit peut tout quand il est à l'oeuvre" (Cf. mon article ICI).

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Autre table ronde proposée : "Mémoire du patrimoine local" avec Léon Villain pour Bécordel-Bécourt de 1200 à nos jours... Histoire d'un village, Histoire de vies et Joël Letemple pour Contalmaison 1115-2015, 900 ans d'Histoire. Les deux hommes ont souhaité éditer des ouvrages retraçant la vie de leurs villages (Léon Villain fut maire de sa commune pendant 37 ans) situés près d'Albert.

Ils se sont livrés à un long travail de recherches afin de produire des livres émaillés de témoignages et illustrés par de nombreuses images. Des origines de ces localités, jusqu'à aujourd'hui, en passant par les ravages des guerres mondiales ("Du village même, il ne reste rien : un pan de mur rouge, bizarrement hérissé, dernier débris du château, un tas de ruines farci de mitrailleuses"), ces ouvrages rendent compte du courage des habitants prêts à toujours reconstruire, et de l'évolution de la vie rurale au fil des siècles.

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Pierre Chazal est venu présenter son deuxième roman Les buveurs de lune (Alma Ed.) peinture de la jeunesse contemporaine à travers l'histoire de deux frères issus de la bourgeoisie intellectuelle. Le héros auquel s'attache le narrateur, c'est Balthazar, 26 ans, chômeur en fin de droits sorti d'une grande école de commerce. Stan, son aîné, trentenaire charismatique, vient d'être interné d'office dans un hôpital psychiatrique pour des faits de violence. Il va falloir la rencontre de la lumineuse Sarah pour que Balt se remette de sa peine.

Quand Stan resurgit, son refus de se plier aux règles, et de se conformer au réel, est tout à fait intact : "D'ailleurs, c'est quoi une vie normale... Du lait en brique et une carte d'électeur ?" À la fois attachant et toxique, le jeune homme entraîne Sarah et Balthazar dans les Pyrénées. Après de belles pages sur Paris, le paysage du roman change radicalement. Un grand écart géographique et sociologique révélateur de ce qu'est la France. Les esprits s'apaisent un temps mais "Qui connaît un peu la jeunesse sait que quoi qu'on foute sur la casserole, l'eau qui bout trouvera toujours un passage pour s'enfuir."

Dans Les buveurs de lune, Pierre Chazal ausculte une jeunesse fêtarde mais désenchantée, écartelée entre difficultés économiques et diktats de la société de consommation : "L'esprit des temps, Balt, l'esprit des temps". Mortes et enterrées les révoltes des aînés, leurs idéologies fédératrices, leurs philosophies novatrices... reste l'amour, petit miracle imprévisible et salvateur.

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Le premier roman de Philippe Mertz, La descente du Laps (Soleils Bleus Ed.), se situe au coeur d'une Baie de Somme sublimée où Gaspard, 50 ans, photographe de guerre, a trouvé refuge après une violente explosion à Bagdad. Épuisé par son métier, il y renoue avec les sensations de sa jeunesse, le sport, les rencontres amicales, une légèreté qu'il croyait oubliée.

"Que de pensées inutiles accompagnent mon existence ! Ne plus penser. Penser avec mon corps. Assez de ces raisonnements fastidieux. Ne plus les déplorer. C'est ici ce qui m'arrive depuis quelques jours. Tout a pris la belle lumière des étés d'enfance. Tout est direct." Peu à peu pourtant, le mystère s'insinue dans cette réalité, et le doute, dans l'esprit de Gaspard et celui du lecteur. Il faudra attendre les dernières pages du livre pour comprendre les intentions de l'auteur et ce qu'est le fameux Laps (Cf. mon article ICI).

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Pour terminer cette série d'entretiens à Albert, j'ai animé une table ronde consacrée aux "Regards de photographes" en présence de Pascal Bachelet et Sylvain Bouture. Les deux hommes ont en commun de considérer la photographie non comme une fin en soi, mais comme un outil qui s'inscrit toujours dans une démarche de partage.

Visages d'un fleuve, la Somme de Pascal Bachelet est le résultat d'une itinérance, sac au dos, au plus près des habitants du fleuve, de sa source à Fonsomme jusqu'à Saint-Valery. Un panorama en images, soutenu par les textes d'Annie Farge, qui n'a rien d'un guide touristique. Cet ouvrage est né avant tout d'une expérience humaine, un regard authentique porté sur notre territoire. (Cf. mon article ICI).

14-18, Picardie, l'impossible oubli (Ed. de la Librairie du Labyrinthe) est un recueil de photographies de cimetières militaires accompagnées de textes poignants rédigés par des soldats, le plus souvent. (Cf. mon article ICI) Ce livre-hommage est aussi un support d'animation pour le photographe qui se rend notamment dans les écoles, afin de présenter son travail et de sensibiliser les jeunes à cette période douloureuse de notre histoire.

2015 Albert - Salon du livre © A. OuryAlbum photos

Tag(s) : #Animation de débats et rencontres

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